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Au départ, rien de compliqué: un client souhaite «quelques caméras de surveillance» pour sécuriser son site. Mais au fil de la discussion, la demande initiale se transforme en un projet bien plus vaste: réseau, stockage, contrôle d’accès, protection des données, voire tout un système de gestion technique du bâtiment que personne n’avait anticipé. La caméra reste la partie visible, mais l’essentiel se joue en coulisses: flux de données, logiciels, réseau, cadres juridiques et exploitation au quotidien.

Cet article pose sept questions fondamentales pour assurer la pérennité technique, juridique et opérationnelle d’un projet de sécurité physique, et ce, avant même de commander la première caméra. L’évolution du marché confirme d’ailleurs toute l’importance de ce travail de cadrage. Selon le dernier rapport de Genetec sur l’État de la sécurité physique en 2026 , fondé sur une enquête auprès de plus de 7300 professionnels (clientèle finale, partenaires de distribution, intégrateurs et consultants), la sécurité physique ne relève plus d’une simple tâche opérationnelle, mais s’impose désormais comme un levier stratégique. Parmi les priorités phares pour 2026 figurent la modernisation du contrôle d’accès, des initiatives en matière de cybersécurité et l’utilisation croissante des outils d’analyse.

1. Que doit réellement accomplir la solution en cas d’incident?

La prise de contact du client s’inscrit généralement dans un contexte précis: un cambriolage, une recommandation d’audit ou l’ouverture d’un nouveau site. C’est à cet instant décisif que se dessine l’orientation du projet, et que l’injonction «il nous faut des caméras» est encore trop rarement remise en question. Pourtant, la prévention des vols, la protection périmétrique, le contrôle d’accès, la constitution de preuves, la sécurité au travail ou l’alerte en temps réel exigent des logiques d’intervention et des architectures matérielles totalement distinctes.

Que faut-il précisément détecter, empêcher ou documenter?

Faut-il pouvoir réagir en temps réel, ou une recherche ultérieure suffit-elle?

Quelles zones doivent sciemment rester hors champ?

Qui exploitera les images en cas d’incident et avec quelle réactivité faut-il pouvoir les retrouver?

Éluder ces questions, c’est prendre le risque d’installer un dispositif irréprochable sur le plan technique, mais totalement déconnecté des besoins réels du terrain.

2. Où les données sont-elles générées, stockées et acheminées?

La question «sur le cloud ou sur site?» est trop sommaire. Ce qui compte réellement, c’est de savoir où s’exécute chaque fonction. Les images en direct et les enregistrements restent-ils sur site pendant que la gestion des utilisateur·trice·s, le suivi de l’état des équipements et les mises à jour sont centralisés? Ou le logiciel de gestion vidéo repose-t-il intégralement sur une plateforme SaaS? Pour 2026, Genetec observe une montée en puissance des modèles hybrides. La clientèle finale apprécie la simplicité des mises à jour automatiques et la réduction des coûts de maintenance, tout en souhaitant garder la maîtrise des charges de travail qui restent sur site et de celles qui migrent vers le cloud.

  • Gestion sur site: contrôle élevé, mais l’exploitation, les mises à jour et la maintenance sont entièrement gérées localement.
  • Gestion via le cloud: les caméras et enregistreurs restent sur site, tandis que l’administration et les mises à jour sont centralisées.
  • Enregistrement cloud/VMS en mode SaaS: simplifie la gestion multisites, mais impose des contraintes accrues en matière de bande passante, de conservation et de conformité contractuelle.
  • Modèle hybride: les enregistrements critiques restent locaux, tandis que l’administration et la recherche multisites sont centralisées.

À cela s’ajoute une seconde décision trop souvent négligée: la stratégie de stockage. Résolution, fréquence d’images, durée de conservation, enregistrement continu ou sur événement, modalités d’exportation: ces paramètres ne sont pas des détails à régler ultérieurement, ils découlent directement de l’objectif de sécurité défini à la première question. Attendre le dimensionnement du stockage pour fixer ces paramètres revient à concevoir le projet à l’envers!

C’est précisément à ce stade que la sécurité physique devient un projet d’interconnexion: caméras, VMS, réseau, stockage, pare-feu et contrôle d’accès doivent fonctionner en parfaite synergie. Pour définir la bonne architecture, l’accompagnement ne peut se limiter aux seuls caméras et enregistreurs, mais doit également prendre en compte l’informatique, le réseau, le stockage, l’AV Pro et les télécommunications: une approche globale qu’Alltron intègre au cœur de son offre en sécurité physique.

3. Quelle analyse est réellement nécessaire?

L’analyse basée sur l’IA permet de réduire les fausses alertes, de classifier les événements et d’accélérer la recherche dans les séquences vidéo. Le rapport de Genetec montre à quel point le sujet gagne en importance: l’intérêt de la clientèle finale pour l’IA a plus que doublé en un an. En moyenne, 21% des exploitants intègrent déjà l’IA ou des modèles de langage dans leur environnement de sécurité, cette proportion atteint 34% dans les très grandes organisations. Pour autant, l’enthousiasme reste mesuré: 70% des personnes interrogées émettent des réserves quant à la conception et à l’emploi de ces systèmes, notamment en ce qui concerne l’utilisation des données et la transparence des résultats.
Pour cadrer le projet, plusieurs questions doivent être posées:

  • Quels événements l’analyse doit-elle détecter et lesquels doit-elle expressément ignorer?
  • Est-elle exploitée en temps réel ou uniquement pour des recherches a posteriori, et quel taux de fausses alertes est acceptable?
  • Les personnes filmées sont-elles identifiables et qui vérifie les résultats en cours d’exploitation?

C’est ici qu’interviennent les preuves de concept («Proof of Concept»): tester les fonctionnalités d’analyse en conditions réelles avant le déploiement (si nécessaire à l’aide de matériel de démonstration ou NFR fourni par un distributeur) permet de valider très tôt si la luminosité, l’angle de vue ou la taille des objets sont réellement adaptés au cas d’usage visé.

L’IA n’est pas une simple case à cocher sur un devis. Elle implique un engagement ferme de l’entreprise et ne devrait être proposée que lorsqu’il est clairement établi qui contrôlera ses résultats et en assumera la responsabilité.

4. Que peut filmer la caméra et qui peut en exploiter les images a posteriori?

Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT)  est clair: dès lors que des personnes sont filmées de manière identifiable, il y a traitement de données personnelles et la législation sur la protection des données s’applique. Pour les particuliers, le cadrage est strict: le champ de la caméra doit en principe se limiter au strict périmètre de la propriété. Les parcelles voisines et l’espace public ne doivent généralement pas être filmés. La surveillance doit être proportionnée et répondre à une finalité précise. Quant aux enregistrements, ils doivent normalement être supprimés dans un délai d’environ 24 heures, sauf si des motifs objectifs justifient une conservation plus longue.

En milieu professionnel, les exigences ne sont pas moins strictes, bien au contraire. Le PFPDT mentionne certes, dans ce contexte, un délai de suppression pouvant aller de 24 à 72 heures. Mais ce délai plus long est prévu pour des cas particuliers dûment justifiés et ne constitue pas la règle. L’employeur doit poursuivre une finalité particulièrement restreinte, et les systèmes destinés à surveiller de manière ciblée le comportement des employé·e·s sont formellement interdits. La ligne rouge est franchie dès lors qu’une solution censée assurer la sécurité sert, dans les faits, à contrôler la présence, le comportement ou les performances du personnel.
Pour éviter les dérives, plusieurs points doivent être arrêtés:

  • L’objectif de protection est-il clairement documenté? Des masques de confidentialité («privacy masks») sont-ils nécessaires?
  • Combien de temps les données sont-elles conservées? Qui y a accès? L’enregistrement audio est-il réellement indispensable?

La protection des données ne commence pas au panneau d’information accroché à l’entrée, mais dès la définition de la finalité, de la zone couverte et de la politique d’accès.

5. Comment le réseau de caméras est-il sécurisé et entretenu?

Les caméras IP sont de véritables terminaux connectés, et non de simples objectifs passifs. Dans ses recommandations en matière de cybersécurité, le Forum d’interface vidéo réseau ouvert (Open Network Video Interface Forum, ONVIF) – le standard d’interopérabilité du secteur – préconise notamment l’usage de mots de passe complexes et individuels, l’abandon des réglages par défaut, des mises à jour régulières du firmware ainsi qu’une journalisation complète. Il recommande également que les applications de visualisation vidéo n’accèdent pas directement aux caméras, mais transitent par un logiciel de gestion vidéo (VMS) ou un média proxy.

En Suisse, le cadre réglementaire accentue cette exigence: depuis le 1er avril 2025, les exploitants d’infrastructures critiques ont l’obligation de notifier toute cyberattaque à l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) dans un délai de 24 heures. Pour les autres organisations, il ne s’agit pas d’un catalogue d’obligations directement applicable, mais le message est clair: les systèmes de sécurité connectés ne doivent plus être considérés comme un simple volet annexe de l’IT.
Dès lors, plusieurs vérifications techniques s’imposent:

  • Existe-t-il un réseau dédié aux caméras ou à l’IoT, et l’utilisation de mots de passe par défaut est-elle exclue?
  • Qui se charge des mises à jour du firmware, et qui est alerté lorsqu’une caméra se déconnecte?
  • Que devient l’équipement lors de son remplacement: le déprovisionnement est-il effectué correctement?

Une caméra censée protéger ne doit pas devenir elle-même un risque non maîtrisé.

6. Quels systèmes doivent interagir en cas d’incident?

Une alarme anti-intrusion qui se déclenche, un flux vidéo dans le VMS, et, entre les deux, des responsabilités mal définies: c’est précisément ce type de rupture de média qui apparaît lorsque la vidéo, le contrôle d’accès et les systèmes d’alarme n’interagissent pas correctement. L’ONVIF pose une base solide grâce à ses profils vidéo (S, T, G, M) et son contrôle d’accès (A, C, D, M), permettant aux équipements et logiciels conformes d’identifier les fonctions compatibles. Encore faut-il que la caméra, le VMS et le système de contrôle d’accès prennent effectivement en charge les profils requis pour le projet. L’interopérabilité constitue une base précieuse, mais ne représente pas une garantie à elle seule.

Un élément est d’ailleurs souvent sous-estimé: le logiciel de gestion vidéo à proprement parler. Bien configuré, il peut gérer les rôles et les droits, la recherche, l’interconnexion des alarmes, l’exportation des données ou encore le journal d’audit. Il devient alors la véritable colonne vertébrale de l’intégration, bien au-delà de la caméra qui lui fournit les images. Selon le projet, d’autres éléments de l’écosystème passent au premier plan: logique de plateforme et sécurité unifiée, vidéo et interphonie, portée du réseau et transmission PoE, alarmes et protection contre les risques, ou encore reconnaissance aérienne par drone. Des fournisseurs comme Genetec, Axis, 2N, Veracity ou Ajax couvrent ici des rôles différents. Pour les partenaires spécialisés, l’enjeu n’est donc pas de disposer de la liste de fabricants la plus longue, mais de trouver la combinaison idéale pour un cas d’usage concret. C’est là que le conseil prend tout son sens: un distributeur avec un vaste portefeuille de produits, tel qu’Alltron, permet d’assurer la cohérence de l’ensemble plutôt que de simplement livrer des composants isolés.
Pour sécuriser l’intégration, trois questions s’imposent:

  • La vidéo doit-elle être couplée au contrôle d’accès, et selon quelle logique VMS?
  • Quels profils la caméra, le VMS et le système de contrôle d’accès prennent-ils réellement en charge?
  • Qui assurera l’intégration et son suivi une fois le système en service?

La caméra montre ce qui se passe. La plateforme décide de la suite.

7. Comment garantir une exploitation durable?

La plupart des problèmes ne surviennent pas le jour de l’installation, mais après: nouveaux·elles utilisateur·trice·s, nouveaux sites, modification des angles de vue, capacités de stockage saturées, firmwares obsolètes, licences oubliées ou responsabilités mal définies. Un protocole de remise complet transforme une simple vente en une relation d’exploitation pérenne.
Il devrait notamment couvrir:

  • le plan du réseau, sa segmentation ainsi que la matrice des rôles et des droits;
  • le processus de mise à jour et des firmwares ainsi que la stratégie de stockage, y compris les durées de conservation;
  • le concept de protection des données et d’information des personnes, ainsi qu’une liste des caméras précisant leur emplacement, leur champ de vision et leur finalité;
  • le processus de maintenance et la chaîne de support en cas d’incident, avec des responsabilités clairement définies.

Dans les projets multisites, la mise en œuvre logistique elle-même peut également devenir un facteur de risque: les équipements doivent être préconfigurés, étiquetés, regroupés par site et livrés selon un planning précis. Ces prestations de préparation des équipements ne déterminent pas le concept de sécurité en soi, mais contribuent à rendre le déploiement plus facile à planifier. Alltron propose ces services à ses partenaires spécialisés dans le cadre de son offre de sécurité physique, en complément du conseil projet et du support avant et après-vente.

L’installation n’est pas l’aboutissement d’une solution pérenne: elle en marque le début.

Conclusion: sept décisions qui déterminent le succès ou l’échec d’un projet

La réussite d’une solution moderne de sécurité physique ne dépend pas des seules caméras, mais de sept éléments clés: l’objectif de protection, l’architecture des données, l’analyse, la protection des données, la cybersécurité, l’intégration et l’exploitation. Clarifier ces points avant l’installation permet de bâtir une infrastructure viable, tant sur le plan technique que juridique et opérationnel.

Pour les partenaires spécialisés, cette réflexion en amont devient un véritable gage de qualité auprès de la clientèle. C’est précisément là qu’intervient Alltron: à la convergence de l’offre produit, de la complémentarité multiconstructeurs, du conseil projet, de la disponibilité des stocks et du suivi logistique des déploiements.

 

Source image de couverture: générée par l’IA (ChatGPT)